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Brest : Les voiliers du Vendée Globe ont plusieurs vies

Aïto, l’ancien « PRB » a été repris par le skipper Kieran Le Borgne qui veut ouvrir un chantier participatif sur le port. Il y a aussi Le Pingouin, et des rêves d’Amérique du Sud. Des nouvelles vies pour ces Imoca.

Il s’appelait PRB, puis Roxy, puis Fruit et porte désormais le nom d’Aïto. « C’est le nom de l’un des arbres les plus solides de Polynésie, et c’est aussi comme ça qu’on appelle les guerriers », explique le skipper Kieran Le Borgne, 27 ans. Avec un groupe d’amis, il a racheté ce voilier de la classe Imoca, le seul à avoir remporté deux fois le Vendée Globe. En 2000, avec Michel Desjoyeaux, puis, en 2004, avec Vincent Riou. Ensuite, laissé à l’abandon dans le port de Brest, il s’y est détérioré pendant treize ans. Aujourd’hui hors d’eau, stationné au port du Tinduff à Plougastel-Daoulas, il y en a pour six mois de travaux avant qu’il puisse naviguer à nouveau.

« Il faut imaginer une coque vide, il n’y a plus de quille. Il faut tout reprendre depuis le début : refaire la peinture, le gréement, l’électronique, et le réaménager en version « équipage » », liste le skipper. Il a été construit pour la course en solitaire, mais le but désormais est de naviguer à plusieurs.

Une route du cacao vers l’Amérique du Sud

Kieran Le Borgne et son associé Fabrice Pradaud ont de grands projets pour Aïto, mais aussi pour Le Pingouin, autre Imoca qui compte le plus de participations au Vendée Globe et qui doit également subir quelques mois de travaux. Ils veulent organiser un grand voyage transatlantique nommé « la route du cacao ». Un périple de sept mois avec des escales de quinze jours, dans douze pays côtiers d’Amérique du Sud : Brésil, Argentine, Chili, Équateur… Les bateaux vont partir dès octobre 2026 de Brest sur la route du cacao.

« L’idée est de découvrir comment on vit autrement, les solutions pour un mode de vie durable et pour le bien-être de la nature », explique Fabrice Pradaud. Les étudiants français souhaitant participer devront envoyer un projet personnel « répondant à la philosophie de la route du cacao ». Huit seront sélectionnés pour vivre l’aventure. En amont, un concours devrait être ouvert pour faire embarquer un plus large public.

Fabrice Pradaud a passé de nombreuses années en Amérique du Sud et dirige aujourd’hui un centre de formation en permaculture. Engagé dans les projets d’économie sociale et solidaire, il croit fermement au projet. « Avec ces deux bateaux de légendes, on va créer ce voyage de légende ! Déjà en 2000, je suivais l’aventure du PRB sur le Vendée Globe depuis les montagnes d’Amérique du Sud. Quand j’ai rencontré Kieran et que j’ai vu son bateau, je lui ai tout de suite parlé de mon projet de route du cacao. »

« Le recyclage manque dans la course au large moderne »

Au départ, en rachetant Aïto, Kieran Le Borgne et ses amis avaient pour ambition de créer une école de course au large à Brest pour faire naviguer les jeunes éloignés de ce milieu et casser l’image élitiste de la voile. « Ça reste dans la philosophie de ce qu’on a voulu créer : ouverture de la course au large, démocratiser ce sport et ne pas oublier les vieilles coques en y embarquant du monde. »

Pour le skipper, la Ville de Brest pourrait prendre toute sa place sur la carte de la course au large en mettant en avant un aspect différent que celui des courses de haut niveau, celui de donner une deuxième vie aux bateaux autour de chantiers participatifs. « Le recyclage manque dans la course au large moderne. Pour Aïto, on pourra récupérer des voiles qui ont déjà couru des courses importantes, qui sont encore très bonnes, mais plus pour le haut niveau. Ça serait idiot de les mettre à la benne… »

C’est autour d’un tel projet que Fabrice Pradaud pense pouvoir mobiliser le financement des entreprises, via leur plan RSE (Responsabilité sociale des entreprises). « Ça leur donnerait une très bonne image, notamment celles qui ont sponsorisé les bateaux. » Il a budgété le projet de la route du cacao à 1,8 million d’euros, dont 700 000 pour refaire les bateaux. Aïto et Le Pingouin cherchent désormais une place dans l’un des ateliers du port de Brest, pour démarrer l’aventure.

Emmanuelle FRANÇOIS. Contact : 07 77 12 07 04.